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Sophie Dodémont : « Le Tir à l'Arc va m'aider pour ma vie future »
Accidentée durant une séance d’entraînement le 17 août 2010, nous avons rencontré la numéro 2 française et médaillée olympique Sophie Dodémont début décembre, tout juste une petite semaine après qu’elle ait repris un arc. L’occasion de revenir sur son accident et sur les longues semaines de rééducation qui ont suivies. Aujourd’hui, c’est un nouveau départ pour Sophie qui a, à 37 ans, les yeux tournés vers Londres 2012 où elle vise un nouveau podium avec l’équipe de France féminine de tir à l’arc.
Propos recueillis par Laurence Frère
Crédit photos : JDG / FFTA
Après ton accident de l’été dernier, on te retrouve debout prête à reprendre l’entraînement. Peux-tu revenir sur cet évènement difficile et sur les semaines qui ont suivies. Comment as-tu abordé physiquement et moralement ta convalescence et ta rééducation ?
C’était entre la 3ème étape de Coupe du Monde à Ogden (USA) et la dernière étape à Shanghai (CHN). J’ai eu cet accident le 17 août dernier, alors que j’étais simplement en train de m’entraîner. En enlevant mes flèches de la cible, celle-ci (une grosse cible en paille compressée) a basculé et m’est tombée sur le dos. Très vite je me suis rendu compte que même si je souffrais énormément, je pourrai remarcher. J’ai eu une fracture de la lombaire L5 avec un tassement. J’ai désormais une lombaire moitié moins grosse que les autres et ma fracture ne se reconsolide pas très bien. J’ai un petit morceau d’os dans le canal nerveux, j’ai donc des sciatiques qui me gênent surtout en position allongée ; durant la journée, ça va. Des séquelles, j’en aurai toute ma vie. Après l’accident, je suis passée par différents hôpitaux. Il a été décidé de ne pas m’opérer compte tenu de la dangerosité de l’intervention. Pendant un mois et demi, je suis restée couchée sans bouger, en tout cas sans me lever, ni marcher. Au bout d’une semaine, j’ai été transférée sur le Centre de Rééducation de Menucourt (95) où j’ai été très bien prise en charge. Au bout de ces longues semaines, les médecins m’ont autorisée à me lever. Cela m’a fait du bien d’entendre ça, mais ça a été difficile au début pour retrouver l’équilibre et les muscles. Je ne tenais plus debout. J’ai passé une semaine en alternant fauteuil roulant et rééducation, puis ma véritable rééducation a commencé avec du vélo, de la marche, du renforcement musculaire du haut du corps. Je suis encore restée deux semaines à Menucourt avant de rentrer chez moi. J’y ai passé au total 51 jours. Encore aujourd’hui je fais 3 à 4 séances de kiné par semaine dont une fois à l’INSEP où je travaille avec Fanny Pujot, Marc Saunier et Ladislas Dolecki. Je me remets tout doucement. C’est un accident, cela arrive il faut faire avec.
Psychologiquement parlant, par quelles étapes es-tu passée ?
Pendant mon hospitalisation, je me suis dit que cet accident était arrivé, mais qu’il tombait au bon moment par rapport aux échéances sportives, la saison était presque terminée, je n’avais plus rien à espérer sur le plan individuel en Coupe du Monde, évidemment pour l’équipe c’était dommage. Après j’avais jusqu’en janvier pour me remettre à l’entraînement. Pour le mois de mars avril, je pense que je suis capable d’être prête. Par rapport à ma vie de tous les jours, j’ai vite relativisé. C’est vrai que le tir à l’arc prend une grande place dans ma vie, mais le plus important est d’assurer ma vie future ; si à 50 ou 60 ans je ne pouvais plus marcher, vouloir aller trop vite n’aurait servi à rien. Je n’ai voulu brûler aucune étape au cours de ma rééducation, j’ai attendu que les médecins me disent de marcher pour le faire. J’essaie d’être prudente et patiente pour pouvoir vivre dans les meilleures conditions plus tard. Je suis passée par des moments de doute et de révolte et puis à d’autres moments, je me suis dit qu’il valait mieux que cela me soit arrivé à moi, car je suis solide musculairement et qu’une autre personne s’en serait sans doute sortie moins bien que moi.
Et sur le plan du tir à l’arc où en es-tu ? Après les JO de 2008 étais-tu sûre de faire une olympiade complète ?
L’accident n’a pas influé sur ma motivation. Après les JO de Pékin, j’ai pris six mois pour réfléchir et après avoir discuté avec Marc Dellenbach (Entraîneur national) et avec Benoît Dupin (DTN), ma décision était prise de repartir pour 4 ans. Ma motivation est la même, c’est peut-être ma façon de voir les choses qui a changé. On verra comment cela se traduira en compétition. Certes, le tir à l’arc est peut être un peu moins important mais il reste un grand plaisir et une passion. J’ai un objectif et je ferai tout pour y arriver, mais ma vie passe avant tout et c’est le tir à l’arc qui m’aide à faire les efforts nécessaires, comme me lever chaque matin pour faire trois heures de vélo d’appartement. Je vais avoir besoin d’être forte et pour ma vie et pour le tir à l’arc, les deux sont complémentaires. Mon hygiène de vie va être déterminante pour mon avenir. C’est aussi pour cela que j’ai perdu beaucoup de poids et ce n’est pas fini.
Comment abordes-tu cette reprise et la saison 2011 ?
Après les championnats d’Europe fin mai, j’ai changé d’arc, je suis passée sur Hoyt. Il a fallu que je m’y habitue, mais durant l’été je commençais à retrouver de bonnes sensations et à me faire plaisir. Cet accident m’a un peu coupée dans mon élan, mais ça va revenir. Je sens une petite gêne sur les obliques, mon pied gauche est un peu faible. Je n’ai pas encore couru à cause de cela, j’attends qu’il fasse un peu meilleur pour reprendre. J’ai repris l’entraînement au tir à l’arc à raison de 45 minutes par jour avec un arc de 28 livres. Je ressens une petite douleur à l’épaule, car j’ai une bursite. J’ai l’habitude de m’entraîner toute seule et je me rends en moyenne une fois par semaine à l’INSEP pour travailler avec Marc Dellenbach. Je serai présente à la première épreuve de sélection en mars, peut-être pas au top. Je reste fidèle à mon objectif de faire partie de l’équipe de France ; cette année ce sont les Championnats du Monde Fita à Turin, les quotas pour les Jeux… Je ferai tout pour tenter de qualifier l’équipe pour les JO de Londres. Je n’ai pas de doute là-dessus.
Que représente le tir à l’arc pour toi et comment conçois-tu ton implication dans le sport ?
Le tir à l’arc m’a apporté beaucoup de choses… Eviter que je tombe dans la drogue quand j’étais plus jeune, avoir une bonne qualité de vie ; par exemple, je viens d’arrêter de fumer. Le sport représente des valeurs très importantes. Lorsque la Fédération m’a permis de porter la flamme olympique en 2008, pour moi cela représente vraiment quelque chose, c’est le sport avec un grand S. Si je peux apporter ces valeurs à des gens, je dis « oui » tout de suite. Je fais partie de la Commission du Sport de Haut Niveau du Conseil Général du Val d’Oise, je suis secrétaire de mon club Villiers le Bel, j’ai été responsable de la formation au niveau de la Ligue d’Ile de France.
La relève… En France, elle tarde à venir. Avec ton expérience quel message peux-tu envoyer aux jeunes filles qui visent le haut niveau international ?
C’est un peu contradictoire... Le haut niveau c’est compliqué, c’est dur, il y a beaucoup d’investissement, à certains moments, on met un peu sa vie de côté. C’est vrai qu’il faut pouvoir accepter ça. Mais il y a un tel dépassement de soi, de telles sensations... Je me rappellerai longtemps du seul championnat d’Europe que j’ai fait en salle. C’était en 2006 quand je suis revenue au haut niveau. J’étais dans un tel état de stress au moment d’aller tirer mon match, que j’en avais les jambes qui tremblaient. J’ai perdu ce match, mais quand j’ai démonté mon arc, je me suis dit, « ça m’a manqué ». Ce sentiment, ce stress, cet état d’esprit sur le moment c’est difficile, mais après on se dit qu’il faut l’avoir vécu et qu’il faut s’accrocher pour pouvoir le revivre. On se donne des objectifs et le but c’est de les atteindre et de s’en fixer ensuite des plus élevés. C’est ce qui nous fait avancer dans la vie.