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Communication et Médias > Interview Arnold, Schuh, Dodémont

L’après JO : la nouvelle saison des « Drôles de Dames »
 
Pékin, 10 août 2008 : Seize ans que le tir à l’arc français attendait ça. Depuis le titre olympique ramené de Barcelone en 1992 par Sébastien Flute, plus aucun représentant tricolore n'avait remporté de médaille. Grâce à Virginie Arnold, Sophie Dodémont et Bérengère Schuh, leur médaille de Bronze a conjuré le sort. Aussitôt surnommées « les Drôles de Dames » par les médias, cette première médaille remportée par le clan français à Pékin a chamboulé beaucoup de choses, mais qu’en est-il des médaillées elles-mêmes ? 6 mois après, que retiennent-elles de cet évènement et comment voient-elles l’avenir de leur carrière sportive ?

Propos recueillis par Jean-Denis Gitton
Crédit photos : FFTA

Rentrons tout de suite dans le vif du sujet en évoquant votre expérience aux Jeux de Pékin : hormis votre médaille de Bronze, qu’est-ce qui vous a le plus marqué durant votre quinzaine olympique ? D’autant plus que vous, Sophie et Virginie, disputiez vos premiers Jeux Olympiques.
Bérengère : Sans hésiter, la Cérémonie de Clotûre (NB : Les archers français ne se sont pas rendus à la Cérémonie d’Ouverture en raison du début des épreuves de tir à l’arc le lendemain matin). C’était absolument grandiose, mais surtout un moment fort où la compétition est terminée. Tout le clan français ensemble et le fait d’être à l’intérieur du stade pour suivre ce spectacle, c’est tout bonnement extraordinaire. Ca sera mon deuxième meilleur souvenir !
Virginie (pensive) : Je pense que c’est un tout, je ne peux rien oublier …
Sophie : Je vais parler de tir à l’arc (tout le monde rit) ! Le meilleur souvenir des Jeux sera le premier match que nous avons disputé par équipe contre la Pologne (1/4 de finales). Nous avons été menées de 9 points, puis le fait d’avoir réussi à remonter tout ce retard pour finalement gagner le match, c’est tout un symbole. Le symbole d’une équipe soudée.

Virginie et Sophie, que retirez-vous de votre première sélection aux Jeux Olympiques ?
Virginie : Génial ! Premiers Jeux, première médaille pour la délégation française, on ne pouvait pas rêver mieux … Que du bonheur !
Sophie : On va dire que j’attendais les Jeux Olympiques depuis très longtemps. J’étais en équipe de France jusqu’en 1996 ; pour les Jeux d’Atlanta, nous n’avions pas obtenu de quotas aux Mondiaux de 1995. J’étais alors la 3ème fille sur la liste. Séverine Bonal ne sera finalement que la seule sélectionnée (après l’obtention d’une Wild Card). En 1992, j’étais encore un peu jeune, je sortais de l’équipe de France juniors, c’est-à-dire sans grande expérience du haut niveau chez les seniors. Une sélection aurait été prématurée. Entre cette période et ma première sélection pour les Jeux Olympiques de Pékin, j’ai vécu autre chose, cela m’a permis de relativiser entre temps, de prendre plaisir à faire du tir à l’arc. L’objectif de mes premiers JO était donc de les réussir, de les vivre à fond, de faire ce que j’avais à faire en quelque sorte …

Bérengère, est-ce que ton expérience des Jeux d’Athènes a servi l’équipe à Pékin ?
Cela m’a servi énormément sur le plan individuel. Avec 4 années en plus, on se sent plus forte, plus mature. J’ai essayé de donner un maximum d’informations aux deux autres filles, histoire qu’elles n’aillent pas trop dans l’inconnu … Je reconnais que ce n’est pas facile d’expliquer une expérience olympique passée à des athlètes qui n’y avaient pas participé auparavant. De fait, les conditions n’allaient pas être les mêmes, l’équipe n’allait pas être la même mais le fait que l’on soit toutes les trois très soudées cette année a joué pour beaucoup dans le résultat final. L’ambiance a été très bonne, surtout que nous jouions aussi le rôle de locomotive pour les deux garçons (Jean-Charles Valladont et Romain Girouille) qui participaient aussi à leurs premiers Jeux Olympiques … Je pense que nous avons exploité jusqu’au bout tout le potentiel de chacun et de chacune pour la réussite de cette compétition.

Lequel de ces deux moments a été le plus émouvant : le fait de monter sur le podium pour recevoir la médaille olympique ou bien d’être de retour chez soi pour partager la médaille avec sa famille ?
Sophie : Selon moi, le podium ou avant le podium, la dernière flèche du match (Sophie a tiré la dernière flèche). A choisir, ça sera le podium.
Bérengère : Le podium aussi.
Virginie : Le podium.
Je dois dire que vos réponses sont plutôt surprenantes ?!
Sophie : En fait, c’est d’abord une victoire sur nous-mêmes que nous avons remporté. On s’est battues pour l’avoir, on a travaillé intensément pendant deux ans pour ça … Monter sur le podium, c’est extraordinaire. Beaucoup de personnes me demandent ce que j’ai ressenti, mais c’est difficile à expliquer car c’est un sentiment tellement personnel qu’il m’est impossible de mettre des mots dessus … Il n’y a pas plus fort.
Virginie : Même si ce sont deux moments forts, la cérémonie du podium et le retour à la maison sont deux choses à distinguer ! Je rejoins la réponse de Sophie, autant le retour à la maison est quelque chose de descriptible, autant le moment du podium ne l’est pas …

Pourquoi ?
Parce qu’entre le temps où nous recevons la médaille sur le podium et le retour à la maison deux semaines plus tard, la pression retombe et on commence tout juste à prendre la mesure de ce qui vient de se passer. Quand on voit Sophie qui lève les bras à la dernière flèche du match puis, quand nous montons sur le podium, on ne réalise pas encore ce qui est en train de se passer.

Comparativement à un titre de championne du Monde – Bérengère et Virginie l’ont été en Salle, Sophie a été vice-championne du Monde de Tir en Campagne – ressentez-vous une différence particulière entre un titre mondial et une médaille olympique ? Et à quels niveaux ?
Bérengère et Virginie : Oui forcément il y a une différence. Rien que sur l’organisation des évènements en eux-mêmes, un championnat du Monde se déroule tous les 2 ans ; les Jeux Olympiques, tous les 4 ans. L’attention des médias est beaucoup plus forte sur les Jeux, c’est LA plus grosse compétition de tous les temps ; une médaille olympique a forcément plus d’impact que sur n’importe quel autre évènement.
Sophie : Pour un sportif, faire les Jeux est déjà en soi une belle victoire. Avant d’empocher une sélection olympique, c’est un but à atteindre. Mais là, aller aux Jeux et y remporter une médaille, c’est bien plus qu’un rêve qui prend forme ; j’oserai même dire quelque chose qui va au-delà de toute espérance … A mon sens, cela représente autre chose qu’un titre de vice-championne du Monde de Tir en Campagne, parce que … (elle marque un temps d’arrêt) les Jeux Olympiques, c’est le rêve. Après un podium olympique, on pense toujours à la médaille, on sait qu’elle est là. On ne l’oubliera pas, mais il faut passer à autre chose pour continuer …

Comment se manifestent concrètement les retombées de votre médaille ? Tout d’abord au niveau des médias, puis au niveau des clubs et de votre entourage.
Bérengère : Les retombées médiatiques d’un tel évènement, quand on revient avec une médaille, sont très nombreuses. En 2004, nous sommes passées à côté d’une médaille de Bronze par équipe (l’équipe était alors composée de Bérengère, Alexandra Fouace et Aurore Trayan) ; autrement dit, en finissant 4ème, peu de médias s’intéressent à vous. En rentrant de Pékin, les sollicitations de la presse étaient quasiment quotidiennes. Les mêmes questions revenaient souvent à savoir comment les choses se sont déroulées aux JO et comment je vis maintenant, « le retour sur Terre » on va dire … Beaucoup ont également voulu en savoir plus sur le retour des Jeux en lui-même, le passage à l’aéroport, les gens qui nous attendaient là-bas. Quand j’y repense, c’était vraiment impressionnant. Le retour à la maison a été très émouvant. En plus, j’ai la chance d’avoir deux autres athlètes de mon club (Fabrice Meunier et Stéphane Gilbert) qui ont été sélectionnés aux Jeux Paralympiques. Partis pour Pékin un peu après mon retour, j’ai eu le temps de leur faire partager mon expérience là-bas, de leur donner quelques conseils pour qu’ils peaufinent leur préparation. Ca a été un moment important pour eux et notre club.Nous recevons aussi beaucoup de demandes de « représentation », notamment de la part des Ligues qui souhaitent notre présence pour leurs manifestations. Invitations auxquelles nous essayons de répondre positivement à chaque fois. Le problème c’est que nous vivons à des endroits différents ; Sophie et moi habitons en région parisienne, Virginie habite dans l’ouest de la France … Tout est donc question d’organisation, autant dans notre vie sportive que dans notre vie privée.
Bérengère, Sophie, Virginie : Quand nous nous rendons sur des compétitions, les clubs organisateurs sont très heureux de nous recevoir. Nous sommes parfois même annoncées à l’avance sur l’affichage des gymnases (rires). En plus de la compétition que nous allons disputer, nous savons qu’il y aura ensuite une séance d’autographes, agrémentée parfois de sollicitations médiatiques. Une compétition peut donc vite devenir très longue ! Mais ce n’est rien comparé au plaisir que nous procurons aux archers qui viennent nous rencontrer et nous féliciter. Ce sont des moments agréables et sympathiques à partager. L’échange et l’amitié sont des valeurs importantes … 

Je voudrais insister sur vos échanges avec les archers que vous rencontrez en compétition. Comment vivez-vous ces moments ?
Bérengère : Dans l’ensemble, ça se passe toujours bien. On me demande surtout beaucoup d’autographes … Le problème est qu’il m’arrive parfois d’être dérangée pendant le tir, c’est une situation assez compliquée à gérer car je peux difficilement dire « non », surtout quand c’est un jeune archer qui vient vers moi. Je pense qu’il faut assumer le fait d’être connue dans le monde du tir à l’arc, assumer en quelque sorte sa notoriété pour rester au plus proche de tous les archers. Après tout, ils sont contents de venir nous voir, on leur rend la pareille !
Virginie : Je suis d’accord avec Bérengère. Disons que les demandes d’autographes se font généralement après la compétition, et le respect de n’importe quel archer pendant son tir est quelque chose de sacré. C’est très appréciable !
Sophie : J’ai une anecdote sympa à raconter ; je suis allée cet été au championnat de France Fédéral à Bully les Mines. Catherine Pellen qui était sur place a annoncé au micro ma présence sur le terrain … Je crois que j’ai signé des autographes pendant 3 heures, sans interruption. C’était un moment génial. Je le fais avec plaisir parce que ça fait plaisir, ceux qui viennent sont heureux de pouvoir nous rencontrer.
Certains médias ont parlé, à propos des sports peu médiatisés comme le nôtre comparativement à d’autres, d’un syndrome « Médaille Blues » selon lequel l’effet de votre médaille olympique serait retombé aussi vite qu’il est venu. Etes-vous d’accord ?
Bérengère : Non pas vraiment. Si les sollicitations sont de moins en moins nombreuses depuis notre retour des Jeux, il y en a toujours. Je suis souvent demandée par la Télévision pour des émissions de jeunesse et de sport … Dans une autre mesure, je pense aussi à Romain (Girouille) et Thomas (Aubert) qui ont participé récemment à une émission grand public autour de défis à réaliser au tir à l’arc. Quelques années après le titre olympique de Sébastien Flute, le tir à l’arc est plus ou moins retombé dans les oubliettes. Je pense que notre médaille a fait bouger les choses, peut-être aussi parce que nous sommes des femmes. C’est une image importante dans le sport.
Sophie : A l’heure actuelle, je n’ai pas l’impression que le tir à l’arc soit dans les oubliettes. J’avoue sans peine qu’on ne nous reconnait pas à tous les coins de rue, mais cette médaille a été un atout formidable pour les archers et les néophytes en termes de reconnaissance de notre sport.
Virginie : Si le tir à l’arc remporte des médailles à tous les Jeux Olympiques, on assistera surement à un grand tournant dans l’histoire de notre sport. Le public, la presse, le monde du sport … Bref, toute la population connaitra et reconnaitra les « stars » du tir à l’arc français.

Les Jeux de Londres en 2012 : est-ce que vous y pensez déjà ?
Bérengère : Oui en effet. Après la médaille de Bronze à Pékin, on se dit qu’il reste encore deux médailles à remporter … L’Argent et l’Or. On pense surtout à des résultats sur l’épreuve individuelle, pourquoi ne pas en ramener une sur cette épreuve là aussi ?! En fait, tous les ans il faut se fixer des objectifs, une olympiade est rythmée par les championnats du Monde, les championnats d’Europe …etc. Le plus dur est de trouver la motivation nécessaire : si la motivation et le plaisir ne sont plus là, à quoi bon continuer ?
Virginie : Pour moi, c’est un peu dur … J’ai un examen très prochainement, ma préparation me prend énormément de temps. Une chose à la fois …
Sophie : Je repars déjà pour deux ans, je verrai à ce moment là ce qu’il en est. Il ne faut pas que ça devienne une obligation … « Deux ans », je sais que je les tiendrai, que je serai suffisamment motivée ; après on verra dans quel état d’esprit je me situerai.

Auriez-vous un message à transmettre à nos lecteurs ?
Bérengère : « Se battre jusqu’au bout quoi qu’il arrive ».
Virginie : « Ne jamais rien lâcher ». Je crois que Bérengère a pensé à la même chose que moi, au quart de finales contre les Polonaises où nous avons remonté neuf points de retard pour gagner ce match. Nous n’avions effectivement rien lâché. Et puis moi, même en étant petite et tirant 33 livres, on peut y arriver ! (rires)
Sophie : « Se donner à fond et se faire plaisir … » Cela vaut, à mon sens, pour tous les sports et pour tous les niveaux. J’ajouterai qu’il faut y croire, après tout est possible …