Dans le site
Dans les actus


A lire
Procès verbal Assemblée Générale 2013

Flash Infos DTN N°89 Juin 2013

Calendrier 2013
Téléchargement

Calendrier 2014 provisoire
Téléchargement

Kit Promotion FFTA
Bon de commande

 

Communication et Médias > Interview Bérengère Schuh

Bérengère Schuh : « mon but ? Etre championne olympique »

Il fallait remonter à la saison 1999 pour retrouver une interview de Bérengère Schuh dans votre magazine : à l’époque, la jeune archère de Brienon sur Armançon (ligue de Bourgogne) avait remporté son premier titre international, celui de championne d’Europe cadette en extérieur à Lilleshall (GBR). Aujourd’hui, nous retrouvons une athlète qui est devenue en une dizaine d’années la chef de file de l’équipe de France féminine arc classique. Bérengère, c’est aussi et surtout l’une des archères françaises les plus exposées médiatiquement, endossant à merveille le rôle d’ambassadrice auprès du public et de la grande famille du tir à l’arc à laquelle elle appartient avant tout.

Propos recueillis par Jean-Denis Gitton
Crédit photos : JDG / FFTA

Il y a deux mois de cela, j’interrogeais Romain Girouille à propos du tir en salle et il me répondait qu’il n’était pas attiré par cette discipline. Or, pour toi, c’est tout l’inverse : tu as été championne du monde individuelle de tir en salle à Nimes en 2003, c’est d’ailleurs ton premier grand titre international chez les seniors. C’est à ce moment que tout a commencé pour toi ?
Oui. Ma carrière internationale a véritablement commencé à ce moment là, en 2003. Il ne faut pourtant pas oublier que j’ai été championne d’Europe cadette de tir en extérieur en 1999, ça aussi ça compte ! Sinon mon palmarès s’est surtout construit avec des podiums réalisés sur des compétitions de tir en salle. Pourtant, depuis 2008 et mon titre de championne d’Europe en extérieur à Vittel, la donne à changé. Je n’avais jamais eu de résultats probants en extérieur avant ce titre et le fait de devenir championne d’Europe m’a permis de me prouver que j’étais capable de faire des résultats dans les deux disciplines. Je crois aussi que c’est ce titre qui m’a permis d’être parmi les favorites en individuelle aux Jeux Olympiques de Pékin, et puis il y a eu la médaille de Bronze par équipe avec les Filles. Autrement dit, ce titre européen a été un déclic pour moi.

Faire partie des « favorites » dans les deux disciplines, cela te permet de te fixer de nouveaux objectifs?
Bien sûr, surtout au tir en extérieur. Je voudrais remporter une médaille au championnat du monde. Pas forcément l’année prochaine, mais au moins une fois dans ma carrière ! Sans oublier une médaille aux Jeux Olympiques évidemment. Comme ça j’aurais tout ! (rires).
Je sais que le niveau mondial est très élevé et qu’il l’est un peu moins au niveau européen. Quand je dis ça, je parle évidemment des athlètes coréennes et chinoises qui ne participent pas aux compétitions européennes. Pour revenir à l’expression « faire partie des favorites », je ne l’emploie que très rarement, je manque de confiance en moi…

Je crois qu’on peut penser, naïvement peut-être, qu’une excellente archère comme toi n’a plus besoin de travailler sa technique de tir ?
Non justement, c’est un peu tout le contraire. Surtout que le début de la saison actuelle est consacré à des changements assez importants dans ma technique de tir. Le but de ces changements, c’est d’être encore plus forte que l’an passé : j’entends par là d’être plus performante sur le plan physique, pouvoir tenir toute une saison même si elle est longue. Par exemple, avec la finale de la Coupe du Monde fin septembre puis la Coupe d’Europe des Clubs dans la foulée, la saison a été relativement longue et donc difficile à tenir physiquement. Mais il n’y a pas que ça, c’est surtout sur le plan des performances sportives que cela devrait marcher, à savoir le fait d’arriver à commettre le moins d’erreurs possibles en cible. L’an dernier, j’avais plutôt travaillé sur la continuité et ma fin de geste, cette année je travaille sur le point de départ de ma séquence de tir. J’essaie que mon épaule soit basse dès le départ et qu’elle le reste, dans l’axe, tout au long de ma séquence. Grâce à ce mouvement, l’épaule sera tellement fixe qu’elle ne bougera plus. L’an dernier, mon épaule était juste un peu rentrée, sans être vraiment fixe : il suffisait d’un peu de pression, d’un peu de fatigue en fin de compétition (…) pour créer quelques désordres au niveau de mon latéral en cible.

Je ne pense pas me tromper en affirmant que les archers te sollicitent beaucoup. Il y a aussi les autres tireurs connus évidemment mais toi peut-être un peu plus que les autres ?
En compétition, beaucoup d’archers viennent me voir, me poser des questions, me toucher la main aussi ! (rires) En général je suis très ouverte, je ne vais pas refuser de signer des autographes, ni de répondre à des questions… C’est surtout une histoire de « limite » : quand je suis en plein milieu d’une compétition, il arrive parfois qu’on me sollicite. J’essaie de repousser ces demandes en fin de compétition. Globalement le respect entre archers est bien là, après tout je suis ou plutôt nous sommes tous des archers, chacun dans sa bulle et concentré tout en respectant la règle selon laquelle il ne faut pas interrompre un archer pendant sa compétition. Même si parfois le contraire arrive, il faut rester courtois.
Je voudrais rebondir sur un exemple pris lors du tournoi en salle de Nîmes il y a deux ans où j’étais tombée en finale contre l’Allemande Lisa Unruh : tout le monde m’encourageait, toute la salle était derrière moi… En plus à Nîmes c’est là où je suis devenue championne du monde en 2003, je suis un peu « la mascotte » ! C’est une compétition où il y a pas mal de pression et quand tout le monde t’encourage, tu te dis « ouah, tu n’as pas intérêt à faire n’importe quoi, tout le monde te regarde, le public d’archers prend exemple sur toi en pensant que tu es géniale ». Je veux vraiment donner une bonne image de moi, même si ce n’est pas toujours parfait techniquement ! (rires)

Je vais te poser une question qui n’a pas forcément de sens à l’heure actuelle mais elle permet tout de même de faire une projection intéressante sur ta carrière sportive : à Londres, en 2012, tu deviens championne olympique. Qu’est-ce que cela t’inspire ?
(Elle réfléchit) … Je ne compte pas m’arrêter après les Jeux de 2012, quoi qu’il arrive. Etre championne olympique, c’est l’aboutissement d’un travail, des heures et des heures passées à l’entrainement, des heures de musculation, des heures de « cardio »… c’est la plus belle des récompenses, ne serait-ce que déjà, d’avoir une médaille. La médaille d’or olympique, c’est la cerise sur le gâteau. Tu t’es donné à fond tout le temps de ta préparation et là ça paye. En fait, il y a une chose qui m’énerve, c’est de repartir les mains vides après avoir passé le plus clair de ton temps à l’entrainement et à te donner à fond dans ta préparation. Et là tu te poses un nombre incalculable de questions, « pourquoi tu n’as pas fait de médaille ? », « qu’est-ce qui s’est passé ? », « est-ce que c’est moi ? », « est-ce que c’est la technique ? », « est-ce que c’est l’arc ? » etc. La vraie question c’est de se demander comment rebasculer dans un schéma positif de réussite sportive avec des performances à la clef, de reprendre confiance en soi, dans sa technique, dans le matériel et j’en passe. Le jour des Jeux, si tu es à 100% sur tous les curseurs dont je te parlais tout à l’heure, tu vas au bout. Tout ce que je dis n’a de sens que si on le considère au plan du sport de haut niveau. Selon moi, le but de tout sportif de haut niveau, dont je fais partie, c’est d’être champion olympique. Sinon ça ne sert à rien, tu peux arrêter ton sport tout de suite. Après je comprends tout à fait ceux qui pratiquent le tir à l’arc pour se détendre, pour se vider la tête après le boulot, pour le plaisir, ça aussi c’est important, mais c’est une autre facette du sport.